Parmi les expositions qui sont immanquables, il y a celle de David LaChapelle chez Daniel Templon. J’ai hésité à utiliser le terme photographe mais ce terme serait trop réducteur pour lui. Et ceux qui suivent ce blog (facebook et twitter) ou ceux qui le découvrent, savent tout le respect que j’ai pour les photographes.

David Lachapelle est un artiste américain que l’on connait pour ses portraits de star ou ses photos de mode. Son travail s’apparente au pop-art. C’est d’ailleurs Andy Warhol qui lui fera faire son premier travail pour le magazine « Interview ». Son œuvre « My own Marilyn » qui présente un portrait de transformiste renvoie directement à la sérigraphie saturée de Warhol. Andy l’inspire encore lorsqu’il crée les négatifs d’un billet de banque Chinois faisant penser aux amalgames des soupes Campbell. David utilise la publicité dans son art et son art dans la publicité.

DavidLachapelle2 David Lachapelle joue aussi avec la religion. On peut y voir plusieurs représentations religieuses comme la « Piéta » avec Courtney Love ou « Last Supper » de la série « Jesus is my Homeboy » qui réinterprète « la Cène » de Vinci. Les icones sont revisitées mais surtout désacralisées. Les codes sont présents mais détournées. Dans son œuvre « Fleurs du mal », le jardin d’Eden est féérique, des fleurs bourgeonnent et une lumière sacrée éclaire la scène. David provoque en présentant non pas Adam et Eve mais deux Adams. L’homosexualité est ainsi présentée comme naturelle, le romantisme transparait malgré le sexe.

DavidLachapelle3 David LaChapelle fait aussi preuve d’un respect pour l’art en général que ce soit pour les œuvres classiques, comme lors de son cliché « Rebirth of Venus » qui rend hommage à l’œuvre éponyme de Boticelli ou plus subtilement avec son œuvre « Seismic Shift » qui présente une salle d’exposition presque en ruine mettant en scène des artistes contemporain comme le « Balloon Dog » de Koons ou une sculpture de Takashi Murakami.

DavidLachapelle4 La publicité aussi est au centre de ces créations. « Hot Chocolate » présente un couple enlacé, nu mais le regard est attiré par les accessoires. Le sac et les chaussures suivent l’angle décrit par le corps de l’homme. Ce même corps qui fait perdre la tête à la femme. Elle lâche prise, penche la tête en arrière. L’homme est noir et se fond dans le décor alors que la femme, métisse ressort d’avantage. L’homme est alors l’incarnation des accessoires, l’allégorie du plaisir que procurent ces objets aux femmes

DavidLachapelle5 L’exposition chez Daniel Templon concerne les séries « Still Life » et « Last Supper ».
Le musée de Dublin avait subi des dégradations. David, obsédé par la notoriété est allé récupérer les corps cassés et les a photographiés dans des cartons. On peut y voir Lady Di, Heath Ledger ou encore Sylvester Stalone. Les célébrités qu’il a auparavant photographiées et magnifiées pour les différents magazines avec lesquels il a travaillé sont ici, brisées, déshumanisées, remballées. Les cartons deviennent des cercueils sans prestige dans lesquels ils retrouveront l’anonymat, oublié au fond d’une cave. Une réflexion sur la fragilité de la célébrité et du pouvoir du système Hollywoodien.
L’exposition est à voir jusqu’au 27 juillet au 30 rue Beaubourg (au fond de la cour) dans le 3ème.