Je présente toujours l’institut Bernard Magrez comme étant un incontournable et un des meilleurs musées de Bordeaux. Je le mettais déjà dans la sélection des musées à visiter en 2013 avec l’exposition « Rêves de Venise » dans laquelle on pouvait admirer « Le nœud de Babel » de Jean-Michel Othoniel. J’avais choisi cette œuvre pour illustrer l’exposition, Bernard Magrez l’a choisi pour intégrer sa collection personnelle.

Je ne compte plus le nombre d’heures passées dans les musées, et galeries à arpenter des expositions à thème ou des rétrospectives. J’ai parfois aimé, parfois été dubitatif. En visitant l’Institut, j’ai été touché d’un sentiment étrange qu’il me semble n’avoir jamais éprouvé avant. Je me suis approprié la collection. J’aurais pu choisir chaque œuvre (ou presque) présente entre les murs du Château Labottière. Peut-être est-ce parce que Bernard Magrez est autodidacte, peut-être est-ce qu’il est Bordelais, peut-être la curiosité, la passion ou peut-être est-ce par pur hasard que je partage aussi son sens de l’art.
Lorsque l’on arrive, on est accueilli par une œuvre de Xavier Veilhan. Le décor est planté avec une sculpture d’un artiste cher aux Bordelais. (Le « Lion bleu » de Stalingrad en place depuis 11ans est de lui).

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La photographie est un art à la fois à part entière et à part. C’est peut-être la raison qui fait qu’une salle est dédiée à ce médium. A la différence de la peinture ou la sculpture, la photo est peut-être plus accessible aux personnes qui ne sont pas accoutumées à l’art contemporain. Bernard Magrez nous présente une sélection d’une dizaine de photographes allant de JR à Steve McCurry en passant par Sebastio Salgado et Jean-François Rauzier. Photo reportage, montage, street-art, photo studio, paysages ou portraits, la collection photo est éclectique et survole tous les styles de cet art. Néanmoins, et sûrement parce qu’il s’agit d’une collection privée acquise au gré des coups de cœur, on peut y déceler un fil conducteur qui se confirmera lors de la suite de la visite.

On quitte les photos pour rejoindre le Château. Ici, pas de crescendo. On est de suite plongé dans l’excellence. Au centre le nœud de Babel. A droite « le désespéré » de Pierre et Gilles observe trois œuvres de Warhol (qui à elles seules sont une rétrospective de l’artiste).

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La salle de gauche se consacre aux représentations de la beauté féminine dans l’art. Au centre se situe la sculpture en bronze d’un buste de femme (Odore di Femina de Johan Creten). Un tourbillon de fleurs entoure la sculpture. Si l’on suit ce mouvement, on s’aperçoit que sur les murs, différentes représentations de la beauté sont exprimées. De la série de femmes françaises de Paul Almasy on bascule aux portraits noir et blanc « Cathy » par André Carrara puis au portrait stylisé « Cleome Spinoza » de Valérie Belinskaya.

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La salle suivante nous est introduite tranquillement par un portrait peint en noir et blanc de Sheng Shaopeng. Mais ici, l’œuvre centrale est un lustre. Même si cela ne relève pas de l’exposition et est surement de l’inconscient d Bernard Magrez, cette scénographie révèle une passion pour le patrimoine**. Une œuvre répond au lustre classique. Il s’agit d’une œuvre de Junior Fritz Jacquet, un lustre accroché en tableau (ou un tableau que l’on pourrait accrocher en plafonnier).

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J’arrive face à un pneu gravé de motifs classiques de Wim Delvoye. Une œuvre qui a elle seule nécessiterait un article entier pour l’expliquer, et qui est à mon sens ultra représentative de l’esprit de Bernard Magrez. Je ne suis en aucun cas surpris par son acquisition. Je l’aurais d'ailleurs sûrement choisi si j’avais eu l’occasion de le faire. Devant, une nouvelle sculpture de Xavier Veilhan et deux sculptures de Claude Lévêque ferment la marche. Je suis tombé en admiration devant une œuvre bleue noire et or dont je ne posterai ni de photos ni dirai le nom de l’artiste car elle fait partie des œuvres qui se vivent plus qu’elles ne se voient.

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Le street-art fait son apparition avec des tableaux de JonOne gardés par « Macedonia » de Joana Vasconcelos. Encore une excellente sélection qui révèle une passion au sens « Spinoziste » du terme de l’art, un besoin de liberté, un vent de dissidence dans l’esprit. Relisez le post concernant Azyle pour comprendre ce que ma phrase résume.

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Ensuite on monte un escalier bordé de deux tentures. A ce moment mon esprit bouillonne. La suite se trouve dans une salle sombre.
Une vidéo immersive est projetée. Il s’agit d’une création d’Agnès Varda. La projection déborde sur le sol et la plage se matérialise. « La collection » sera exposée jusqu’au 14 Février, si vous me cherchez je serai assis là.

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Mais on continue la visite et on tombe nez à nez avec un collier suspendu qui répond à « Marbre blanc lunda d’Espagne » de Daniel Buren et deux tableaux à la cire de Philippe Cogné. Si vous êtes sujet au syndrome de Stendhal vous devriez commencer à en éprouvez les symptômes. L’orientation de l’œuvre de Jean-Michel Othoniel nous mène dans une salle dédiée majoritairement au street-art.

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Et là, littéralement « love is in the air ». Banksy, Mis-tic, Shepherd Fairey sont les uns à côté des autres et font face à A-Mo. Cette salle confirme que Bernard Magrez est non seulement un amateur d’art mais aussi un mécène qui privilégie l’œuvre à la signature.

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La salle suivante nous plonge dans l’intimité du propriétaire des lieux. On y découvre son bureau sur lequel sont posées des photos, je vous laisserai deviner de qui il s’agit, entouré d’œuvres signées Buffet.
La dernière salle s’articule autour d’une installation de Pae White intitulée « Better Place ». Une œuvre pointilliste et hypnotique conclue la visite. Il n’y a définitivement pas une meilleure place que celle de l’Institut.

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A travers cette exposition, on découvre bien entendu des œuvres exceptionnelles mais on découvre surtout la personnalité de Bernard Magrez. Je ne sais pas si c’est le mécène et collectionneur qui présente une collection ou si c’est la collection qui présente cet homme.
Cette sélection m'a permis de comprendre le parcours du propriétaire mais vous présenter « un portrait » par l’art rallongerai pour beaucoup l’article. Je ne peux que vous inciter à aller visiter cette « Collection » pour vous faire votre avis.
Aussi je vous conseille de carrément vous offrir la carte blanche qui vous donnera un accès illimité, des visites privées, et accès libre aux concerts et conférences. Vu la qualité des programmations c'est un excellent investissement.


Institut Bernard Magrez
du 9 novembre au 14 février 2017
Château Labottière
16 rue de Tivoli
Bordeaux