« Something strange happened here »

Quelque chose s’est passé ici. Mais quoi ? On est d’abord intrigué par cette phrase qui surplombe le bâtiment.
De loin les néons nous attirent vers ce lieu. Et plus on s’en approche, plus on se sent petit face à l’immensité des murs.
On arrive au pied de la base pour découvrir que la porte, généralement fermée, est ouverte. Une série d'éclairage nous montre le chemin, vers l’intérieur. Je m’y engouffre.

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La notion de temps commence à se brouiller. On sait que la base sous-marine a été créée entre 1941 et 1943 par les allemands.
Mais on découvre des installations dont la datation est approximative. Leur origine aussi.
On a du mal à savoir quelles sont celles qui y étaient à la construction et celles qui ont été créées plus tard. On a du mal aussi à faire la différence entre celles qui relèvent de l’aménagement et celles qui relèvent de l’art.

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La perception de l’environnement est perturbée. Quel est ce motif? Est-ce un graffiti,un logo, ou un symbole inconnu ?
Les parois sont-elles des créations artisanales, un simple mur que le temps aurait marqué ou le design d’une société inconnue?
On y découvre des bateaux abandonnés, fantômes et comble de l’absurde, ils sont surplombés par une mine sous-marine.
Quand sommes-nous? Où sommes-nous? Qui a fait ça? Qu’est-ce?

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Au loin, nous entendons des sons fantomatiques. Cela ressemble à une mélodie ou peut-être est-ce un appel. Je continue ma plongée, je m’enfonce dans la base sous-marine.

« Black Whole for whales »

La musique devient de plus en plus audible, il s’agit d’un concert orchestré par Guillaume Guesquière. Celui d’un quatuor à cordes et de baleines.
La musique se propage, à la fois belle et anxiogène. Si l’orchestre est vaporeux, il est possible que les baleines soient dans les bassins. La notion du réel est bouleversée.

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Je marche vers la dernière salle. Une musique m’y attire. Elle est sombre. On touche les abysses.

« Suspended chord »

On y découvre la dernière œuvre du triptyque de Daniel Firman. Un éléphant, suspendu par sa trompe est éclairé par un halo de lumière.
Il tourne lentement sur lui-même entrainé par la musique. Je tourne autour, je passe dessous pour me rendre compte de l’immensité de l’animal.
Il parait léger. Peut-être est-ce que parce que nous sommes finalement immergés sous l’eau et qu’il remonte à la surface ? Peut-être au contraire est-il attiré par le fond ? Ou alors, essaye-t-il de grimper ? S’envole-t-il ?

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L’exposition de Daniel Firman nous immerge dans une œuvre qui perturbe notre perception du temps, de l’espace et de la réalité. Le plus gros animal marin côtoie le plus gros animal terrestre. Notre taille d’homme nous rappelle que nous ne sommes finalement pas grand-chose. Que la notion du temps est humaine.
Il s’agit ici, plus qu’une œuvre, une expérience qui nous pousse vers une crise d’identité. « Quelque chose d’étrange s’est passé ici ».
Les néons n’étaient pas un rappel d’un évènement passé, mais d’un présage de ce que j’allais vivre.

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Daniel Firman
Base sous-marine
Boulevard Alfred Daney
Jusqu'au 27/08/2017