Hier j’évoquais le tagueur « AZYLE » dans le billet « le vandalisme d’utilité publique ».
Le tagueur Azyle est poursuivi depuis 2007 par la RATP pour vandalisme.
Il officiait essentiellement dans le métro depuis ses débuts en 1989.
Il est arrêté en flagrant délit dans la nuit du 24 au 25 juin 2007 avec son acolyte Vices.
La RATP estimait alors les « dommages » à 600.000€
Lors de son procès en 2012, il avait écopé de 195.000€ d’amendes mais avait fait appel
Il y a quelques jours (4mai 2016) le verdict tombe. Il est condamné à 8 mois avec sursis et 138.000€ d’amendes.
Mais revenons sur son œuvre.


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Je sais que le tag n’est que très peu reconnu par la masse et assez peu par les amateurs d’arts.
Mais il faut à défaut de reconnaitre, connaitre l’histoire du graffiti.
L’aversion qu’ont les détracteurs à propos de cette forme d’art. (Contraction entre art et forme d’expression) m’amuse beaucoup.
J’ai vu certains commentaires sur internet justifiant le désamour des tagueurs par « ça te plairait qu’on vienne taguer sur ton mur » ?
Ou encore « ça fait sale, c’était plus propre avant ». L’histoire du tag dans sa forme la plus tribale remonte bien plus loin que les années 80.
Il y a d’ailleurs un musée du graffiti ancien à Marsilly, en Charente Maritime et un musée de la mémoire des murs à Verneuil-en-Halatte dans l’Oise qui font remonter l’histoire du graffiti à la préhistoire.
Dès la fin des années 20 Brassaï photographie les graffiti de Paris. Il en publie dans « Minotaure» puis leur dédie un livre intitulé « Graffiti » dans les années 60 auquel Picasso participe.
brassai_graffiti.jpg Quoi qu’il en soit, pour le graffiti contemporain, il est maintenant reconnu et/puisqu’il intègre les galeries et les musées.
Maintenant si je parle de Keith Haring ou Basquiat, la notion de vandalisme est oubliée et le tag est vu comme un art majeur.
Ces artistes dont la notoriété et le talent n’est plus à démontrer ont « récupéré » la forme graphique de ce qu’est le graffiti.
Tout comme les pionniers du genre, Cornbread (créateur du graffiti contemporain), Phase 2, (créateur du style Bubble), Futura 2000, LEE ou Fab Five Freddy, se sont faits récupérer par les galeries.
En France on peut citer Bando qui fait ses débuts vers 1980 ou Taps& Mozes.
Legendes_du_tag.jpg Azyle quant à lui a toujours refusé de marchandiser son œuvre.
Car le graffiti est non seulement une forme d’art mais un esprit comme a pu l’être le Dadaïsme. L’essence du graffiti est dans la rue. Il réside dans l’appropriation (ou la réappropriation) du domaine public.
Cet art ne résulte pas seulement d’un lettrage (police/font) ou d’un support. C’est un art libre des contraintes étatiques.
Mais attention, il existe des règles que ce soit sur les méthodes, les surfaces (tous les murs ne se taguent pas), les techniques etc.
Et comme dans tous les mouvements illégaux ou marginaux, la « punition » est sévère si les règles ne sont pas respectées.

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La « Punition » est ce qui caractérise le style d’Azyle. Il s’agit d’une écriture répétitive, comme le fait Bart dans le générique des Simpson.
En terme artistique on pourrait le qualifier d’artiste performeur et conceptuel proche de l’expressionisme apparenté au mouvement lettriste.
Il joue sur les couleurs et la saturation ainsi que sur les effets de matières. La saturation se compose de « temps » fort, ou calme.
Si on y prête attention, on peut remarquer une certaine composition dont le choix du placement n’est pas dû au hasard. Il suit ou casse les angles.
La superposition sert la saturation. Il fait parfois ressortir ou recrée en fond en choisissant des encres épaisses qui génèrent de grosses coulures de manière à avoir une masse de couleur qu’il superpose avec des encres qui freezent.


Cette technique donne l’impression que le wagon sert de support au tag mais que le lettrage arrive malgré tout à se détacher, s’émanciper de son support.
La peinture réagira différemment sur l’aluminium, le tissu synthétique ou le plastique des sièges des rames de métro ou coulera plus facilement sur les vitres que sur les moteurs ou les roues.
Le lettrage ressortira différemment suivant le relief de la rame aussi.
La saturation d’Azyle parait obsessionnelle. Souvent le tag est une signature qui vient conclure un graff ou est unitaire. Celui d’Azyle est excessif. Il est exclusif. Il s’approprie totalement l’espace.
La vue des tags d’Azyle me procure la sensation d’admirer un Jackson Pollock couplé d’un Vasarely. Un mélange entre spontanéité, illusion et obsession.
Je pensais signifier le caractère Libre des tags et en particulier de ceux d’Azyle mais bon nombre de graffiteurs ou de tagueurs présente leur attrait pour ce mode d’expression comme d’une addiction.
Il a d’ailleurs été retenu dans le jugement d’Azyle une obligation de soins. Il suit déjà un professionnel depuis 2ans.

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Enfin. Azyle se pourvoit en cassation. Il assume totalement ses tags et ne cherche pas à se soustraire à sa « sanction ». Mais il désire une sanction « juste » représentative des « dégâts » subit.
La RATP compte par exemple 1heure de nettoyage pour une surface d’1m carré. Azyle a réussi à faire la démonstration qu’il ne fallait que 10minutes.
Des surfacturations, des doublettes et des remplacements qui n’ont jamais été effectué ont aussi été comptabilisé.
Le nettoyage des rames est nécessaire et le street art dans son ensemble est éphémère. Aucun graffeur ne remettra ça en question. Pas plus d’ailleurs le fait de se faire attraper et de payer une amande.
Et si le cas d’Azyle est exceptionnel tant par la productivité, que par la reconnaissance dont il fait preuve au sein du monde de l’art, Il ne mérite pas une telle sanction.
Aussi M. Chat, qu’on ne présente plus, avait peint une de ses œuvres en pleine journée sur un mur qui été en travaux et devait être recouvert de carreaux.
La RATP l’a poursuivi pour dégradation et a finalement perdu le procès.

lavage voiture ratp azyle
Cette sanction à défaut de reconnaitre le street art par son essence même, démontre un acharnement sur le besoin d’encadrement de l’expression.
Un acharnement que je trouve insupportable en tant qu’artiste, amateur d’art et directeur artistique sachant que le tag, le graffiti ou le street art dans son ensemble est récupéré par la communication ou la mode qui très souvent dénature l’esprit de ce mouvement. Si l’on fait attention, on remarquera que le Tag et le graff sont partout utilisés. Il est inconcevable d’apprécier une œuvre d’un graffiteur dans une galerie, d’admirer une publicité en 4x3 et d’acheter un t-shirt arborant un tag et de ne pas comprendre à défaut de respecter la nature de cet art né dans la rue en particulier sur les métros dans les années 70.

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Un des arguments avancé par les graffiteurs pour justifier de la « pollution visuelle » qu’ils occasionnent est qu’ils ne sont pas plus agressif et moins désiré que les publicités insipides pour les parfums ou sexuelles pour la mode. Qu’ils ne sont pas plus dérangeants que les enseignes néons ou propre que les superpositions d’affiches de spectacles.

Est-ce que la seule chose qui pourrait faire disparaitre le tag ou le graffiti en le reléguant à une époque révolue ne serait pas de le reconnaitre massivement et d’abolir les peines que ces street artistes encourent ?