Ce week end sonne le départ de plusieurs évènements artistiques.

J’aurais pu vous parler globalement des expositions qui m’intéressent mais ce serait trop large.

Je pourrais vous parler de l’exposition du Musée Jacquemart-André qui « frivolise » l’époque Victorienne.

Mais la rentrée est signe de renouveau donc je vais privilégier l’art contemporain.

Il y a bien la biennale de Lyon qui accueille certains de mes artistes favoris tel « Mary Sibande » à laquelle j’avais consacré un article, ou l’incontournable Jeff Koons et la fameuse Yoko Ono.

Avec moins de stars mais non pas moins de talents, il y a la biennale d’Issy-les-Moulineaux qui présente «Becker-Echivard», la photographe plasticienne, le plasticien Sebastien Durante, les peintres Nurhidayat et Esteban Ruiz et ce n’est pas l’envie qui manque pour vous parler des autres artistes.

Mais voilà, au lieu de survoler plusieurs artistes, je préfère m’arrêter et en contempler un. Je privilégie la qualité à la quantité et l’art ne fait pas exception à la règle.

Donc je consacre cet article à Julien Gudéa, artiste plasticien.

Julien, à l’instar de la mode, crée ses pièces en collections, elles-mêmes divisées en séries et chaque pièce est numérotée. Et bien entendu, depuis sa première création (un ballon de basket commandé par le gymnase d’Arcueil dans le Val-de-Marne) jusqu’à sa dernière en date (une guitare), on peut y voir clairement le lien, le fil directeur, de ce créateur qui propose des œuvres pleines d’antagonismes.

Les créations de Julien Gudéa attirent tout d’abord par leur simplicité et leur insouciance.
avion.jpg L’artiste reproduit des objets de tous les jours. Mais ici il n’est pas question d’hyper-réalisme. Son travail s’apparente au design. Les créations en statuaire sont épurées et les lignes sont douces. Les couleurs aussi inspirent la vie. Elles sont vives. Du rouge, du vert, du bleu, du jaune, même le noir et le gris sont lumineux. Sa collection se compose d’avions, d’appareils photo, de bouchons de stylo, de pommes ou encore d’allumettes.

bouchon.jpg

L’appareil photo est tellement épuré, qu’on pourrait penser que Julien Gudéa a agrandi un accessoire « playmobil ». Le bouchon de stylo aussi est mâchouillé, un signe de rêverie ? Mais la série continue. L’avion est tronqué, les pommes sont croquées, découpées et il ne reste que la peau de banane. La série d’allumettes sonne le glas. Des rangées entières de bâtons d’allumettes plus ou moins consumés.

banane.jpg allumettes.jpg Les créations reflètent une obsession de la consommation. Toutes les pièces sont usées, détruites, il ne reste parfois qu’un trognon. L’avion semble s’encastrer dans un mur, ou s’écraser dans le sol.
L’appareil photo ne sort que des monochromes rouges. On s’imagine alors que le bouchon n’a pas été mâchouillé par un enfant rêveur mais par une personne stressée, soucieuse. Les allumettes ont la tête en bas, position idéale pour une calcination complète. Les guitares sont détruites, signe d’une fin de concert. Le papier est en boule, la bougie est consumée.

Photo-installee.jpg Guitare.jpg feuille.jpg bougie.jpg Cette opposition entre design épuré et couleurs vives avec une altération irréversible mais inéluctable propose une vision réaliste et positive de la vie. J’interprète les créations de Julien comme un message simple : «Carpe Diem quam minimum credula postero».

Mais sans rentrer dans les concepts artistiques, tout au long de l’article j’ai privilégié le terme « design » à celui de « sculpture ». Les œuvres sont en pièce unique, mais certaines ne diffèrent que par un détail, des rééditions sont possibles. Ces sculptures, entre pop art et design contemporain, ont autant leur place dans un musée ou une galerie que dans un intérieur de particulier. Ces créations ont aussi une vocation décorative. A l’air des grandes surfaces de « design » internationalisé, uniforme et aseptisé, les pièces de Julien quittent les musées et sortent des circuits des amateurs d’art pour s’introduire chez les particuliers pas forcément initiés, tout en conservant les lettres de noblesses du Design d’art.

Pour finir, à la limite de l’artisanat, Julien Gudéa crée lui-même ses pièces dans son atelier Nîmes.

Je vous avais prévenu, je ne pouvais pas survoler un artiste aussi complet et fascinant.