L’art contemporain est peut-être le courant artistique le plus difficile à comprendre.
Lors de sa visite au MOMA de San Francisco, TJ Khayatan est resté dubitatif devant une œuvre de Mike Kelley, un artiste américain né à Détroit.
mikekelley_main1.jpg TJ se demande si cette œuvre a un intérêt. Il se décide de tester la légitimité de l’intérêt des visiteurs pour cette œuvre en posant une paire de lunettes par terre. Cette action permettrait de vérifier la légitimité de l’intérêt qu’éprouvent les amateurs d’art contemporain envers certaines œuvres.

TJ2.jpg Il n’a pas fallu attendre longtemps pour voir des gens observer cette fameuse paire de lunettes au sol.
Et là, c’est le drame. Des amateurs d’art contemporains piégés par une personne non artiste dans un musée. Il est alors question de supercherie, ou pire de « Branlette intellectuelle ».
Mais selon moi, ce TJ a créé une œuvre d’art contemporain qui critique l’art contemporain et sa perception. Je n’irais pas jusqu’à crier au génie comme l’a dit Jonathan Jones. Je dirais qu’il s’agit d’une œuvre naturelle.

Beaucoup définissent l’art comme étant le beau et le parfait et par conséquent, l’art se limiterait à l’art académique. L’art se crée de lui-même. Il suit un cheminement qui est similaire à celui de la mode si l’on observe les cycles créatifs des tendances.
Mais l’art est avant tout et simplement la résultante d’un processus créatif. L’art moderne justement essai parfois de représenter l’art par ce qu’il est de plus simple, une perception.
Le Dadaïsme présentait l’art en disant « c’est de l’art parce que je décide que s’en soit ».
Marcel Duchamp cassait les codes avec la présentation de sa fontaine.
duchamp-fontaine.jpg Le cadre aide beaucoup à percevoir une œuvre d’art.
Je pense qu’il faut voir une galerie ou un musée comme une sélection d’œuvres.
L’art est partout. Par exemple le street art est souvent perçu comme du vandalisme jusqu’à ce qu’un artiste soit reconnu.
C’est par exemple le cas de «BLU» dont les œuvres sont arrachées aux murs pour être exposées.
BLU.jpg
Lorsque l’on rentre dans un musée d’art moderne, on s’attend à voir des œuvres qui sont parfois surprenantes de simplicité. Cette simplicité engendre des commentaires comme « j’aurais pu le faire » ou pire « mon frère de 3ans aurait pu le faire ».
Picasso disait, qu’il avait mis 5ans à apprendre à peindre comme Michel-Ange et toute une vie à apprendre à peindre comme un enfant. C’est une sorte de déconstructivisme global. Quand il n’y en a plus, il y en a encore.
L’art serait alors la perception du monde à travers l’œil d’un artiste.
Nous sommes arrivés à un point où la technique permet de recréer à la perfection des images (ultra-réalisme), où l’on peut construire toujours plus haut, toujours plus complexe et encadré. Et certains artistes proposent alors de regarder le monde à travers notre propre regard. Je repense à la performance de Deborah de Robertis. Elle s’était assise en robe dorée sans culotte devant « l’origine du monde » de Courbet.
deborah_de_robertis.jpeg ''Visionnez la performance au musée d'Orsay ici''
Les vigils s’étaient empressés d’intervenir avant de faire évacuer la salle. Cette performance permettait plusieurs résonnements. Gustave Courbet avait vu dans une « schnek »un sujet intéressant.
Sommes-nous actuellement capable de voir la beauté de ce sujet comme lui l’avait vu ?
Ou devons-nous simplement regarder le monde au travers des yeux de ceux qui le regardent avec enthousiasme ?
Parait-il que lorsque le sage montre du doigt la lune, l’idiot regarde le doigt.
Il n’est alors pas surprenant que dans le cadre d’un musée, une paire de lunette posée par terre soit observée.

On en revient à la branlette intellectuelle. Bien entendu lorsqu’une « œuvre » aussi simple qu’un objet de production de masse est exposée, observer les gens l’observer peut-être risible.
Mais il y a une triple lecture à cela.
La première est la lecture de l’œuvre. On peut ne pas la comprendre. Mais il faut se demander ce qu’elle fait là. Est-ce que l’artiste a voulu exprimer quelque chose ? Si oui, quoi ? Qu’a-t-il vu à travers cet objet ? Peut-être n’a-t-il rien vu ?
Quoi qu’il en soit, l’œuvre nous pousse à nous interroger sur l’art, l’appréciation du monde, d’une manière productive ou non, d’un point de vu enthousiaste ou cynique. Peu importe, il y a une réflexion. La même réflexion que peuvent se poser des chercheurs devant la vie.

La seconde réflexion se fait en observant ceux qui observent. Observent-ils l’œuvre pour ce qu’elle est ? Ou l’observent il pour ce qu’elle interroge ? La personne comprend elle le message de l’artiste ?
Comprend elle que l’artiste ne donne aucun message ?

La troisième lecture se fait en observant l’artiste. A-t-il compris ce qu’il faisait ? Est-il conscient de sa condition ? Comment se positionne-t-il dans le monde ?

En ce qui concerne TJ Khayatan, il n’a pas compris qu’on pouvait observer une œuvre si peu intéressante* que celle de Mike Kelley. (Il s’est donc interrogé sur la pertinence de l’art contemporain).
Il a ensuite essayé de comprendre ce que les gens comprenaient d’une œuvre simple (il a observé les gens admirer une « œuvre » qui selon lui n’en était pas une. Ce qui fait de ses lunettes une œuvre par destination puisque symbole de son opinion de désintérêt d’art conceptuel contemporain). Il est lui-même devenu un artiste à un moment T (il a matérialisé de manière créative une réflexion au sujet de la perception de l’art contemporain, du cadre dans lequel il est exposé et de la légitimité d’une œuvre). TJ.jpg Bravo l’artiste.
Il ne faut pas oublier que le lien entre l’art et la science est infiniment mince. Comme l’a dit Rousseau « Des richesses sont nés le luxe et l'oisiveté; du luxe sont venus les beaux-arts, et de l’oisiveté sont venues les sciences ».

Par conséquent, je me demande ce que vous pensez. Êtes-vous d’accord avec mon point de vu ou pensez-vous que l’art contemporain s’adresse à ceux qui sont « content pour rien » comme le disait Gad El Maleh ?